Longtemps considérée soit comme un sous-genre de la littérature destiné aux enfants, soit comme un « art mineur » par rapport à la peinture, la bande dessinée commence à gagner en légitimité à partir des années 1960. Bien sûr, au vu de certains commentaires méprisants que l’on voit toujours aujourd’hui, le neuvième art a parfois encore du mal à être reconnu à sa juste valeur, alors que, comme pour le reste, tout est question de goûts personnels et d’affinités. Je me demande de quel droit va-t-on hiérarchiser l’art, pourquoi toujours juger et comparer ? Pour ma part j’ai toujours aimé les BD, étant tombée dedans quand j’étais petite.
Petit aparté, voici d’ailleurs les toutes premières – en format poche – qui m’ont fait découvrir le genre. Je les ai redécouvertes tout récemment en farfouillant dans la bibliothèque de mon père… Je me souvenais surtout de Flash Gordon (ma première référence pour les mini-BD que j’inventais vers l’âge de 8-9 ans !), Natacha et Valérian bien sûr (quelques mots ici sur cette série que j’adore). Que de souvenirs en revoyant ces poches, je les connaissais quasiment par cœur ! Sauf Mandrake, j’ai dû moins le lire en boucle que les autres.

Fin de la parenthèse ! Pour en revenir à l’aspect artistique de la bande dessinée, pour ceux qui ne le savent pas je travaille actuellement sur un projet BD et je me rends compte à quel point il s’agit d’un art véritablement complexe. Je me considère débutante dans ce domaine, car c’est la première fois que j’y travaille vraiment sérieusement. Et ce n’est pas si évident. C’est dans ce cadre que ma sœurette m’a offert L’Art invisible, de Scott McCloud (réédition 2007). Ouvrage théorique de référence sur le sujet, il s’agit d’un essai qui explique la bande dessinée, en bande dessinée. C’est vraiment super intéressant ; ça me permet d’avoir un autre regard à la fois sur mon propre travail (pour continuer à l’améliorer) et sur mes lectures, qui d’ailleurs me servent en retour. J’utilise déjà L’Art de la BD de Bernard Duc (en 2 tomes chez Glénat), qui donne des éléments concrets sur les techniques, découpages, utilisation des différents types de plans, etc… Je ne pensais pas avoir besoin d’une analyse théorique en plus, mais en fait cette analyse est très instructive, et très concrète car étayée d’exemples visuels (tout l’intérêt de la bande dessinée !) A ce propos, comme expliqué page 164, « dans une bonne bande dessinée, le texte et le dessin sont comme un couple de danseurs où chaque partenaire, tour à tour, guide l’autre. » Ce qui ne veut pas dire qu’une BD sans texte soit mauvaise : tout dépend de l’objectif de l’auteur, et de la forme qu’il souhaite donner à son ouvrage. En revanche, lorsqu’il y a du texte, le texte et l’image doivent se compléter sans se marcher dessus. Tout un art !

Car oui, il s’agit bien d’un mode d’expression artistique unique, un genre à part entière, et non une sorte d’art hybride qui serait le résultat d’une collaboration entre le texte et l’image (de plus, comme on l’a vu, il existe des bandes dessinées sans textes). A la suite de Will Eisner, grand auteur de bande dessinée et théoricien américain, Scott McCloud la définit ainsi : « images picturales et autres, fixes, volontairement juxtaposées en séquences. » Avec ou sans textes, donc. Pour ma part je trouve que c’est justement le séquençage qui demande du temps et de la réflexion, et en même temps c’est passionnant et extrêmement intéressant à faire.
Pour conclure, L’Art invisible donne une définition de la bande dessinée – en partant même de ses premières formes qui remontent en fait à très, très loin – ainsi que des explications précises sur son fonctionnement. Ce faisant, l’ouvrage milite pour une reconnaissance de la BD comme forme artistique spécifique. L’auteur explique pourquoi la bande dessinée fonctionne : comment des images fixes et muettes peuvent-elles produire une impression de mouvement et de son ? Selon lui, c’est possible grâce à notre capacité, à nous lecteurs, à comprendre les ellipses, c’est-à-dire à établir un lien entre deux cases (qu’elles soient clairement délimitées ou pas, d’ailleurs : la bande dessinée moderne se passe souvent de cases). La BD existe à cause de ce qu’il y a entre les cases, ou vignettes, d’où ce titre : Art invisible.
Aller plus loin : https://www.citebd.org/neuvieme-art/sequence
Mais au fait, puisqu’on parle de bande dessinée…
… Un mot sur le Festival d’Angoulême

Je m’étais dit que cette année, j’irai. Mais dès les premiers boycotts au mois de novembre dernier – j’étais tombée sur le « girlcott FIBD2026 » relayé par l’autrice illustratrice Carine Hinder – j’avais décidé de boycotter aussi en tant que visiteuse. Pour rappeler les raisons de ce boycott massif, je vous invite à lire cet article du journal l’Humanité.
Le mouvement a été tellement suivi que le Festival a finalement été annulé, faute d’auteurs et d’éditeurs. Comme quoi, le boycott y a qu’ça de vrai 😊 Puis, peu à peu on a vu fleurir des initiatives de la part des auteurs et autrices, afin que des rencontres avec leurs lecteurs puissent tout de même avoir lieu. Pour finalement aboutir au Grand Off, qui a été un joli succès en réinventant ce rendez-vous incontournable de la bande dessinée, mais qui avait fini par pourrir. Ambiance familiale et festive avec expositions, dédicaces, ateliers, ciné-concerts… le tout gratuitement. Si j’avais su, je me serais organisée. Pas grave, on va voir ce que donnera la suite, j’espère que l’année prochaine se fera dans le même état d’esprit !